Le fil de la vie ou les veines de la nature.caroline crozat

Là où même le temps ne tue pas mais transforme avec maturation les différentes préalables traces de ce qui fut pour laisser place à ce qui est.
Les oeuvres de Dominique Potard sont incontestablement un travail sur et avec le temps.
Et l’espace.
Un espace d’avant où les choses prenaient sens telles quelles et un espace du pendantmaintenant
où le déni n’a pas sa place, mais une belle idée :
faire pousser dans la nature et par la nature le futur sens d’habits en général féminins.
Et on assiste alors à un défilé fin et puissant de formes nouvelles et audacieuses, compactes ou tellement fines qu’on croirait qu’elles cassent : mais non: elles tiennent.
Et elles tiennent bien.
C’est l’habit culturel, le costume codé qui, dorénavant posé sur les sols terreux, venteux, pleins
d’humus et de champignons (qui des fois s’installent avec grâce) se retrouve quelques semaines
ou mois après, cueillis avec l’impact du lâcher-prise sur ces anciens codes.
Et l’Art apparait grâce à la geste magique, sensible et intelligent de Dominique Potard.
L’habit, qui n’en est plus un mais devenu le germe de la création, sera, avec la fantaisie et l’extraordinaire maitrise de cette artiste, devenu nouveau signe, nouveau code, nouvel espace : celui de la toile collée sur la toile.
Comme une redondance de la victoire de l’esprit sur la matière.
Et là, sous nos yeux : la revendication puissante de l’instinct de survie puissant qui se manifeste sous formes d’icônes païennes.
Chapeau, madame Potard.

Caroline Crozat
Novembre 2019